General POP a désormais rejoint le réseau Prose On Pixels

E-Reality un court métrage illustrant cette seconde identité sur les réseaux sociaux

Caroline Grimprel à répondu a quelques question pour nous à propos de son court métrage : E-reality

 

1 –   Comment t’es venue l’idée de ce court métrage où tu abordes plusieurs thèmes finalement comme la sur-consommation des réseaux sociaux ou la course aux technologies ? Est-ce que cela part d’un constat ?

Oui je suis partie du constat que nous faisons tous : l’écart entre l’image que l’on a des gens en les rencontrant et celle qu’ils veulent donner sur les réseaux. Sur les réseaux on a un bien meilleur contrôle de son image, on ne révèle que les bons moments, on les sublime.
C’est la raison pour laquelle ils ont pris une telle importance dans nos vies. Notre image nous satisfait davantage en virtuel, cela rassure et nous permet de supporter les échecs du réel.

Donc je me suis dit « et si on poussait l’idée au maximum? » c’est-à-dire « et si notre identité virtuelle devenait celle que l’on considère comme vraie, et donc que notre identité réelle devenait secondaire? »

En théorie ce serait merveilleux, on pourrait la construire à 100% car elle est virtuelle donc modifiable à l’infini.
On imagine alors une sorte d’utopie numérique dans laquelle tout le monde aurait les mêmes chances de réussite.

Donc au final ce n’est pas tant une critique mais la proposition d’un monde vers lequel on tend.
La critique se faisait dans l’écriture des personnages qui sont très caricaturés,
je ne voulais pas non plus donner l’impression d’adhérer à un monde pareil, en quelque sorte l’humour me pardonne de proposer cette idée.

2 –   Pourquoi selon toi l’utilisation à outrance des réseaux sociaux est mauvaise ?

Mauvaise oui et non..

Oui car les réseaux créent une course permanente à la reconnaissance des autres, chaque like et follower est gage de réussite, et l’on s’épuise à se créer la meilleur « e-réputation » possible.
En conséquence l’homme actuel est déprimé parce qu’il est soumis à beaucoup trop de modèles de réussite, bien qu’il ne puisse jamais atteindre la réussite absolue, quelle qu’elle soit. En cela le réseau crée le malheur de beaucoup.

Non, car pour moi c’est un merveilleux laboratoire créatif, ils permettent d’observer une grande quantité de personnalités, d’histoires.
On suit des gens sur les réseaux comme on suit les aventures de personnages de fiction et c’est très inspirant.

Aussi ils permettent de faciliter les échanges, voir la réussite de l’autre peut aussi motiver, donner des idées.. j’ai d’ailleurs trouvé la moitié de mes acteurs sur Facebook en postant une annonce sur différents groupes, et ce sont eux qui m’ont inspiré leurs personnages, mon scénario s’est écrit autour de leurs vraies histoires.

e-reality est donc un projet sur les réseaux sociaux et issu des réseaux sociaux, je ne peux donc pas les blâmer complètement.

3 –   Qu’elle est ta consommation des réseaux sociaux ?  
 
à force de suivre de nombreux groupes sur Facebook en « see first » je ne vois presque plus les actualités de mes amis, surtout des éléments de buzz, de tendances, d’actus.. Sur instagram je suis surtout des inspirations, les amis proches ou vivant loin que je veux “voir”, je n’utilisent pas twitter et très rarement Snapshat..

Aussi je constate que sur Facebook les photos ne me correspondent pas, j’ai l’air plus réservée et calme car je sais, au moment où l’on me prend en photo, que celle-ci ça va potentiellement finir sur Facebook et cette idée me fige naturellement.
Je fais progressivement une utilisation plus culturelle que sociale des réseaux et je suis plus apaisée ainsi.
Seul Messenger et les événements organisés sur Facebook me sont vraiment nécessaires.

4 –   Comment imagines-tu l’évolution de toute cette dernière génération qui naît quasiment avec une tablette tactile entre les mains ?

Eux pour le coup auront vraiment deux identités : une réelle et une virtuelle et ils jongleront aisément entre les deux.

Mais il faut reconnaître aussi que l’image que l’on veut donner sur les réseaux, même faussée, est assez révélatrice de ce que l’on est.
Aujourd’hui et encore plus demain, il faut considérer l’identité réelle et virtuelle pour connaître véritablement quelqu’un.
ça ne va pas simplifier les rapports, c’est sûre, mais à moins d’un rejet planétaire de ce système (ce dont je doute), on sera bien forcés d’y adhérer lorsque cette nouvelle génération grandira, tout comme nos grands-parents adhèrent comme ils le peuvent à nos nouveaux modes de vie.

5 –   On a pu voir la critique de la réussite (selon la société) dans ton film, qu’est-ce que réussir selon toi ?

Un constat temporaire de satisfaction. Il peut être fait à toutes les échelles, j’ai réussi à cuisiner un truc pas si mauvais, à conserver une petite motivation sportive, à garder contact avec les personnes qui me rendent vraiment heureuse, à trouver un métier que j’aime..

Je ne me dirai jamais « j’ai réussi ma vie », mais plutôt là tout de suite je suis contente d’un constat en particulier, des petites satisfactions par ci par là qui font avancer avec le sourire.

6 –   Tu parles aussi d’égalité des chances, penses-tu que cela influe beaucoup sur notre vie ? (A replacer dans le contexte de notre société occidentale)

Je ne sais pas si cette inégalité plutôt qu’égalité influe plus qu’avant sur nos vies mais du moins nous en sommes d’avantage conscients.
Les réseaux permettent de les dénoncer plus efficacement grâce à leur pouvoir de diffusion, que ce soit via une publicité relayée, un court-métrage diffusé, un lien partagé..

Ignorer la chance ou la malchance que nous avons est de plus en plus dur dans ce monde ultra connecté.



7 –   « L’enfer c’est les autres » cette phrase maintenant ancrée dans la culture populaire, écrite par J.P. Sartre. Presque 70 ans après est-elle selon toi toujours d’actualité ?

Oui mais elle est différente, l’autre sur les réseaux est un être qui critique et fend le coeur publiquement ou au contraire qui like, rassure et gonfle l’égo de l’autre. Le principe est toujours d’actualité mais plus durement encore, la version moderne serait « l’enfer c’est le réseau ».

8 –   (question propre au média) Peux-tu me donner ta définition de la Pop Culture ?

La pop culture c’est la prise du poul d’une époque donnée. Si une mouvance plaît au grand nombre c’est qu’elle est révélatrice d’une envie actuelle, d’un courant que l’on traverse. On pourrait refaire l’histoire avec la « pop culture » de chaque époque.