Rencontre avec Les Louanges, révélation québécoise qui casse les codes


© La Piscine Mon Amour

Après Le Mercure (2016) et son magnifique album La nuit est une panthère (2018) Vincent Roberge, alias Les Louanges est de retour avec un nouvel EP, Expansion Pack, qui est sorti le 27 Septembre. Rencontre.

Le jeune Canadien est sûrement l’un des plus enthousiasmant artiste de la chanson canadienne francophone de ces dernières années. À la fois auteur, compositeur, chanteur et instrumentiste, il confesse volontiers être une « bibitte de studio » (comprendre : un acharné), mais il est aussi une bête de scène (ça c’est nous qui le disons). Hyperactif, il a tourné tout l’été comme un forcené, des deux côtés de l’Atlantique, le tout avec son band.

À la croisée de la pop, du rap, du jazz et de la chillwave, la musique de Vincent Roberge s’inscrit dans la tendance de ces nouveaux artistes qui mélangent avec brio différents genres. Franck Ocean, Odd Future et Gorillaz font partie de ses inspirations, et ça se sent : il y a à la fois de la pop, du RnB et du rap dans sa musique, pour le plus grand plaisir de nos oreilles.

Et le phénomène Les Louanges commence sérieusement à prendre de l’ampleur. Mi-septembre, il a été nominé six fois au gala de l’ADISQ, les victoires de la musique canadiennes. Un raz-de-marée médiatique pour un gars qui ne semble pas du tout se prendre la tête. Alors qu’il enchaînait les interviews pour une radio canadienne, nous avons réussi à nous entretenir avec lui.

Tu viens de sortir un nouvel EP intitulé  Expansion Pack . Dans tes autres projets, tu parles beaucoup de ta vie personnelle, des galères avec les filles… Quels sujets tu abordes dans cet EP ?

V : Mes galères qui ressemblent de plus en plus à… un vaudeville ! (rires). La première chanson qu’on a sortie (Attends moi pas) ça parle un peu de ça. On a fait 8 tournées. Je ne suis peut-être pas Roméo Elvis, mais finalement j’ai fait trois ou quatre shows par semaine tout l’été. J’ai fait tout le Québec et j’ai fait des allers-retours en Europe. Donc l’EP va parler un peu de comment ma vie avec les autres a changé, à cause de tout ça.

Quels sont tes invités sur ce disque ?

J’ai deux tracks sur l’EP où j’ai fait appel à des rappeurs. Il y en a une (Les yeux sur la balle) avec un des gars de Alaclair Ensemble (un groupe de RAP québecois très connu), qui sont un peu mes héros. Je les ai écoutés pendant tout mon lycée. Ils m’ont formé un peu, et je suis très content d’en avoir un sur un des tracks. J’ai une autre chanson (Drumz) avec un rappeur de l’Ouest de l’île de Montréal, qui est anglophone, qui s’appelle Maky Lavender. Il va bientôt sortir un album bientôt qui va être incroyable. C’est gars-là ont un « star potential » incroyable…

Le rap, c’est un genre que tu aimerais explorer davantage ?

V : Ça reste le genre que j’écoute le plus au quotidien. Il y a tellement d’innovations qui se font dans le hip-hop aujourd’hui… C’est peut-être un des styles, ou même LE style dans lequel il y a le plus d’innovation. Jamais je ne me considèrerai comme un rappeur, mais oui il y a des chansons dans lesquelles je penche un peu plus vers le rap. De toute façon, maintenant les rappeurs chantent, donc il est difficile de voir la différence. A moins d’être Koba la D….

Tu es calé en rap français, qu’est-ce que tu écoutes d’autre ?

V : C’est sûr que des artistes qui viennent me chercher comme Niska ou Koba la D, sont loin de mon univers en général, mais j’aime full ce qu’ils apportent au rap français. J’écoute aussi beaucoup les rappeurs belges, comme tout le monde. Les Caballero et Jean Jass, tout ça. Même ma manageuse est complètement fan de Damso ! À Montréal, il y a des nouveaux rappeurs qui vont se chercher un petit côté gangsta rap. C’est marrant parce que tu sais, au Québec, on n’est pas des caïds non plus… (rires). Il y en a d’autres qui vont chercher des trucs qui sont plus proches de l’école à la française. Mais c’est sûr que les boys de Alaclair Ensemble c’est mes number one depuis toujours. Ce que je trouve vraiment trippant, c’est d’avoir un des gars de Alaclair dans une de mes tounes.

Qu’est ce qui a changé entre ton dernier album et ce nouvel EP ? 

V : Dans Attends-moi pas et Park Ex, il s’agit effectivement d’histoires de cœur et d’histoires personnelles. Il y a une, celle avec le rappeur qui s’appelle Maky Lavender et qui rappe en anglais, dans laquelle je rappe un peu plus. Les chansons illustrent juste notre quotidien : être sur la route. Attends-moi pas parle un peu du mauvais bon côté d’être sur la route. Et puis j’arrive avec une autre chanson qui s’appelle Drumz qui est correspond plus à un mood : «on arrive dans ta ville, on espère qu’il y a de la place, parce qu’on est au moins 6, et on va venir tout défoncer ».

Dans tes autres projets, tu chantes principalement en français, est-ce que ça va être toujours le cas ?

V : Oh non, je parle anglais, mais je ne suis pas vraiment un anglophone. Déjà que c’est compliqué d’écrire des beaux textes en français… Personnellement, je ne capte pas trop la trend d’aller chanter en anglais. C’est sûr que j’utilise des mots en anglais, mais c’est les mots que nous on utilise tous les jours, parce que c’est un peu l’histoire du Québec. Comme on est beaucoup en contact avec l’anglais, notre langue québécoise est teintée d’expressions anglaises et de mots anglais. Mais finalement j’utilise une syntaxe française, et c’est juste une appropriation de ces mots-là. Mon attachement au français, c’est dû à mon petit côté universitaire… (rires).

© La Piscine Mon Amour

Tu vas faire plusieurs dates en Europe et en France fin octobre, début novembre, tu ressens un feeling particulier avec le public français, comment ça se passe avec lui ?

V : J’aime vraiment aller jouer de l’autre côté de l’Atlantique. Je pense qu’on est vraiment sortis, nous les Québécois, du stéréotype du bucheron. De la même manière qu’on a arrêté de rire de l’accent des Belges et finalement c’est eux qui tiennent le « rap game » par les couilles ! Du coup j’ai l’impression que c’est le cas aussi pour nous. Je ne veux pas faire de l’âgisme, et paraître aigri lorsqu’on parle de mon accent, mais il peut y avoir une envie de me mettre dans une petite boîte, de me faire passer pour un personnage mignon genre « il parle drôlement, on ne comprend pas tout ce qu’il dit, et il vient du grand Nord. » Maintenant les gens s’en foutent un peu et c’est génial. Et il y a un échange qui est plus fun à avoir. Je suis content d’arriver en France, sans aucune concession. Il y a en a beaucoup dans le passé qui ont dû changer leur accent…

Tu as composé la musique de Jeune Juliette d’Anne Émond, est-ce que c’est quelque chose que tu aimerais refaire dans le futur, écrire pour d’autres artistes ?

V : J’espère pouvoir en refaire à nouveau. Tu sais dans la vie, je me considère plus comme un musicien que comme un parolier, même si j’adore écrire. Et puis maintenant, je ne joue presque plus d’instrument en concert. Je cours sur la scène avec mon micro sans fil, puis j’adore ce côté-là, d’être un peu showman. En même temps, je reste même un geek de studio : j’aime écrire, j’aime composer et c’est aussi un genre de rêve dans la vie, de pouvoir faire ça. Mais en même temps, j’ai eu deux mois pour le faire et au même moment, j’avais plein de concerts, ce qui fait que ça a été beaucoup de pression, mais dans le fond, j’ai vraiment pris du plaisir à composer cette bande originale. Si un jour de trouve que je n’ai pas d’idées pour mes propres trucs, je peux assurer mes arrières et payer mon loyer avec autres chose que mon projet solo.

Tu cites souvent Frank Ocean, Gorillaz ou encore Odd Future comme des influences majeures. Quelles sont tes découvertes récentes, tes pépites que tu écoutes en boucle ?

V : Je suis un gros fan de JPEGMAFIA, il vient de sortir son album, ses chansons sont hallucinantes ! Une chanson comme basicbitchteargas, c’est vraiment drôle. Et c’est complètement décalé. Il crée ses prods, ça j’adore. J’ai également hâte d’entendre le prochain album de Danny Brown, c’est un peu sa renaissance, et les extraits qu’il vient de sortir sont vraiment géniaux. En plus tout est produit par Q-Tip de Tribe Called Quest.

A Tribe Called Quest, c’est des trucs que t’a beaucoup écouté aussi ?

V : Oui, mais je dois t’avouer que je ne suis pas le plus grand érudit. J’ai beaucoup écouté The Low End Theory. Attends je vais ouvrir mon iTunes et je vais te dire ce que j’écoute. Il y a une fille qui fait un genre de folk, qui part dans plein de directions, qui s’appelle Faye Webster. Elle a sorti son dernier album qui s’appelle Atlanta Billionaire Club. C’est vraiment une drôle de fille, et c’est vraiment intéressant ce qu’elle écrit. Ça me fait du bien parfois de me changer les idées. Je ne vais pas tout le temps écouter du gros rap… J’ai découvert aussi une artiste qui s’appelle Okay Kaya, qui a sorti un album avec une chanson qui s’appelle Dance Like U que je n’arrête pas d’écouter. C’est smooth et vraiment sensuel, c’est génial. Tyler continue aussi de sortir des chansons, et c’est vraiment incroyable. Le dernier A$ap Ferg, Floor Seats, c’est du lourd aussi.

Les Louanges sera en concert à Lille le 4 novembre, à la Maroquinerie (Paris) le 5 novembre et au festival Bonjour Minuit à Saint-Brieuc le 13 novembre.

Clément Perruche

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