[POP CREW] Le collectif MU œuvre pour l’art et la musique

© Sofiane Boukhari

Originaire de Tourcoing, passé par la Goutte d’Or et désormais installé depuis 4 ans dans une ancienne friche ferroviaire rebaptisée « la Station », le collectif MU prône la liberté par l’art et la fête.

David et Olivier, les fondateurs du collectif MU, rejoints plus tard par Éric et puis un peu plus tard par Thomas, nous content 15 ans de collectif. Prenez-en de la graine !

Salut Éric et Thomas, est-ce que vous pouvez expliquer ce que vous faites ?
Eric : Moi je m’occupe de la partie programmation musicale, associée avec Mathilde et Valentin.
Thomas : Moi je m’occupe de la communication et du développement du collectif MU. J’ai participé à l’ouverture du Garage MU en 2012, c’était le lieu qu’on gérait à la Goutte d’Or.
Eric : Le collectif MU existe depuis 15 ans à peu près. Il a été fondé par Olivier et David. Ils se sont connus dans une école d’arts qui s’appelle le Fresnoy, à Tourcoing. Moi j’ai rejoint le collectif MU en 2005 donc je suis l’un des trois plus vieux du collectif !
Thomas : Le collectif MU est une association qui se positionnait dès le début comme une entité artistique à part entière et qui a notamment présenté un parcours sonore qui était en OFF de la Nuit Blanche en 2005. L’idée c’était de prêter des audioguides de musée pour que les gens se baladent dans la Goutte d’Or en écoutant des pièces sonores.
Eric : Qui avaient été réalisées sur place avec les habitants et une dizaine d’artistes sélectionnés. On a voulu faire participer les habitants, interagir avec eux. En 2008, il y a eu aussi une autre étape. On a monté un projet de résidence “flottante” pendant deux mois sur une péniche sur le Danube. C’était un grand road-trip, il y avait aussi une autre péniche qui remontait le Rhin, les 2 péniches ont accueilli une trentaine d’artistes venus composer des pièces sonores pendant leur séjour sur la péniche, et ce travail a été restitué au festival Ososphère à Strasbourg. Tout ceci a fait qu’on a commencé à s’installer dans plusieurs lieux, comme la Maison du Geste et de l’Image, et ça nous a permis de nous structurer.

Au tout début, lorsque vous étiez à la Goutte d’Or, c’était quoi l’idée de MU ?
E : L’idée de David et Olivier était de mettre en place une plateforme de projets.
T : Avec ces différents projets qui ont été menés (dont le festival Filmer la musique dont Éric a été l’un des instigateurs), les différents lieux qu’on a investis, il y a eu une sorte d’attachement au territoire, au fait d’avoir une « vie de quartier ». L’ouverture du Garage MU au public c’était aussi en réponse à la frustration d’être un peu promené dans des lieux qui ne nous correspondaient pas toujours. On a eu envie de se gérer seuls et ça devait passer par un lieu.
E : Donc on a commencé à aménager notre Garage, on a installé une petite scène, le premier concert c’était Jeanne Added je crois. C’était une petite configuration de 100 personnes, une fois par mois. Mais on était un peu limité, ce n’était pas une salle aux normes, on avait des voisins quand même. Et en 2015 est arrivé un appel à projets de la SNCF, qui mettait des friches à disposition des associations et des artistes.
T : On y a répondu et on a remporté la friche de la Gare des Mines.

© Gaëlle Matata

Donc vous y avez répondu il y a quatre ans, vous avez gagné, et là, j’ai vu que ça avait failli fermer.
T : L’histoire depuis le début c’est que cette friche on pouvait à la base l’exploiter que six mois. On s’est vite rendus compte que c’était suicidaire parce que lorsque l’on a récupéré le site, il était à l’abandon, il n’y avait pas d’électricité, c’était le bordel.
E : Les six premiers mois on les a faits à l’extérieur par défaut parce qu’on ne pouvait pas accueillir le public à l’intérieur. On a mis de la sono dehors, on s’est bien éclatés, c’est ce qui a fait le démarrage de la Station. C’est comme si on avait organisé un festival pendant 6 mois. On s’est fait aider par beaucoup de collectifs.

Et vous n’avez pas justement eu peur d’investir cet endroit ? Parce qu’il est un peu à l’écart de la ville, il n’était pas en super forme quand vous l’avez récupéré etc.
T : On est tombé au bon moment en fait parce qu’on est arrivé au début où les soirées en périphéries commençaient à attirer.
E : Et puis les gens commençaient aussi à avoir une sorte d’étouffement des lieux à Paris qui ne leur correspondaient plus forcément. Et il y avait aussi un nouveau public qui a été amené grâce aux collectifs avec lesquels on bosse, à qui on confie une date et qui ramène des DJs, pas forcément connus mais qui attirent les gens qui ont envie d’aller plus loin dans la découverte d’artistes.

© Wendy Keriven

(Entretemps, un intervenant de la Kermesse Sonique, en cours ce jour-là, nous raconte qu’il travaille aux Grands Voisins, que le lieu a été initialement pensé pour soutenir et développer certains projets, dans le même état d’esprit que la Station, et que lieu commence à être envahi par des gens qui ne savent pas vraiment où est-ce qu’ils mettent les pieds, qui veulent un endroit qui fasse un peu Berlin, et que d’une certaine manière, cela dénature le site.)
E : C’est vrai que tu peux te faire dépasser par ton public. Dans notre cas les premiers six mois se sont passés dehors, ça a marché du feu de dieu et la SNCF nous a autorisés à rallonger de 2 ans.
T : On a pu le faire aussi parce que de tous les lieux qui avaient remporté des sites, on a été les seuls à ouvrir dans les temps.
E : Après on est arrivé à un moment, on s’est retrouvé des samedis soir où il y avait la queue qui descendait jusqu’au périph avec des gens qui viennent juste parce que c’est un lieu en extérieur mais qui s’en foutent de la musique.

Et vous faites comment dans ce cas-là ?
E : On a aussi développé une charte. Les mecs doivent être cools avec les queers, pas de malséance ou de vieux relous. Ça reste un espace de liberté la Station.
T : On n’est pas élitiste. Pour les soirées « à risque » qui attirent un public élargi, il y a parfois des physios. Les videurs sont aussi bien brieffés mais ça n’a pas de lien avec ta tenue ou ton portefeuille.

C’est quelque chose qu’on peut vous reprocher aussi non ? Le fait que vous vous vendiez comme assez ouverts et qu’au final vous refusiez des gens.
E : Bah ouais mais on est obligé.
T : En fait les gens râlent mais la plupart du temps c’est parce qu’on est complet. Les gens pensent parfois qu’on refoule mais c’est très rare.

Et le fait que ce soit SNCF qui vous ait filé le site, ça n’a pas été trop contraignant ?
T : À partir du moment où ils ont validé notre dossier, ils avaient plus trop leur mot à dire, mais ils n’ont jamais été pénibles. Ils ne sont pas intervenus sur le concept qu’on voulait développer.
E : L’endroit où se trouve la Station, ça nous permet de mettre de la musique comme on veut, on n’emmerde personne. À l’inverse d’autres salles qui sont dans Paris et qui elles doivent faire plus gaffe, nous on peut faire ce qu’on veut. On a vraiment cette chance là et c’est un paramètre qui fait qu’on peut encore continuer je pense.
T : Après, on a vraiment collaboré avec SNCF à l’occasion de Métamines, un festival qui organisait des tables rondes avec des architectes, des urbanistes, des gens comme nous, autour de notre rôle collectif sur ce genre de lieux.

Et là vous avez une autorisation pour rester ouverts combien de temps ?
T : 3 ans de plus.
E : Il y a un mois, on ne le savait pas. Pour moi la programmation elle s’arrêtait en octobre. On est très contents de faire 3 ans de plus mais à titre personnel, on n’ira pas plus loin, ce n’est pas un lieu qui a vocation à durer vingt ans. C’est quand même un lieu éphémère à l’origine.
T : Cette inscription dans le temps elle était importante pour mener des actions culturelles, c’était important d’avoir suffisamment de temps pour établir une relation de confiance avec les écoles du quartier, les associations, et réfléchir ensemble à des projets.

© Gaëlle Matata

(David et Olivier, fondateurs du collectif MU, débarquent)
E : Voilà David et Oliv, les deux membres fondateurs du collectif MU.

Vous organisez aussi des soirées où vous reversez les fonds à des associations qui s’occupent de migrants.
E : Alors on a deux projets durant lesquels toute l’équipe, les artistes, bossent gratos pour reverser les fonds à ces assos.
Il y a un collectif qui est très emblématique, c’est le collectif « Solidarités migrants Wilson » (autour du camp de réfugiés avenue Wilson à Saint-Denis). On les a rencontrés, on a fait une soirée où Jeanne Added est venue, tout le monde bossait gratos et l’argent récolté leur a directement été reversé. Et l’autre projet s’appelle Megaterra, avec Baptiste du groupe Bracco et Juliette qui s’occupe entre autres de la webradio de Station Station.
T : On accueille beaucoup d’artistes en résidence, des musiciens et ça a créé une espèce de communauté d’artistes. Ça leur a donné envie de mobiliser tous ces gens-là pour monter un microlabel en récupérant les side projects du chanteur de tel groupe, l’album solo du batteur et tout ça.
E : Ils ont pressé des 45 tours et l’argent récolté a été donné aux migrants.

Il y a des migrants qui viennent à vos soirées ?
E : Ouais ! On ne peut pas tous les accueillir, les plus proches de nous sont ceux qui sont dans la douve à côté de la Station. Ce sont des éthiopiens, ils sont très stylés, ils sont hyper lookés. Ils en chient vraiment par contre parce qu’ils se font souvent harceler.
David : Ce sont surtout des mineurs isolés je crois. Il y en a certains qu’on commence à bien connaître.

Vous êtes combien maintenant dans le collectif ? Au début c’était uniquement vous deux ?
O : On n’était pas que tous les deux à la base, il y a des gens qui sont partis depuis ! Au départ on était quatre à avoir fondé MU, en 2003. Deux filles, deux garçons et les filles sont parties ! David et moi on était tous les deux chargés de production au Fresnoy, il y avait une fille qui était artiste et l’autre était chargée de diffusion au Fresnoy aussi.
D : Et aujourd’hui on est une quinzaine de permanents à peu près.

Est-ce qu’au sein de MU vous avez des artistes « à vous » ou vous chapotez principalement d’autres collectifs ?
O : Dans les quinze membres du collectif, des gens qui ont une pratique artistique il y en a mais sinon on travaille avec beaucoup d’indépendants qui ne se revendiquent pas forcément de MU mais qui en sont proches.
D : Après MU c’est plus un travail de curation ou d’invention de dispositifs qui sont activés collectivement, avec différents artistes qui prennent part au projet.
O : C’est un peu particulier, on n’a pas de directeur artistique à proprement parler, c’est plus au gré des projets.

Comment choisissez-vous les personnes avec lesquelles vous travaillez ?
O : Ça se fait justement de manière collective, avec des artistes associés ou des curateurs associés. Il y a un noyau de 3-4 personnes qui définissent la programmation, la forme etc.

Vous travaillez essentiellement avec des collectifs parisiens ou ça arrive que vous collaboriez avec d’autres collectifs en France ?
O : On a bossé avec des clubs de Francfort, avec Lyon, Saint-Etienne. L’idée ce serait aussi que la Station soit invitée à jouer dans un lieu. En février prochain on est invité par le Long Winter Festival à Toronto. On les invite nous aussi à la Station le 20 septembre.

Vous êtes ouverts pour 3 ans de plus, ce sont quoi vos perspectives pour la suite ?
D : L’idée est de pouvoir continuer à proposer une programmation différente.
O : On a aussi un projet mobile qui s’appelle « Station flottante » qui est un partenariat avec une péniche culturelle montée par des amis. C’est un projet assez jeune, le bateau est en train de s’équiper. L’idée c’est de pouvoir l’investir en résidence mobile, de pouvoir naviguer sur les rivières d’Ile-de-France en 2020.
T : Il y a aussi « Soleil Nord-Est ». C’est un festival qui a été conçu à la base comme un festival de friche du nord-est parisien. On veut proposer une espèce de parcours avec chaque jour une proposition différente entre les collectifs qui ont collaboré ensemble. Cette année, on veut tourner le festival de manière un peu plus réflexive sur ces notions de tiers-lieux etc.

Les 11-12-13 juillet, le collectif organise la #4 du Garage MU Festival.
Créé en 2016 durant la première saison de La Station – Gare des Mines, le Garage MU Festival, c’est la grande union estivale des têtes brûlées explorant les extrémités des scènes musicales contemporaines. En plus de chahuter la Station, le Garage MU Festival embarquera, comme chaque année, à bord de Croisières Sonores voguant le long du canal de l’Ourcq.
Event Facebook ici.

Pour les autres actus de la Station (il y en a plein d’autres sur leur page officielle) :

28 juin : Opening Night Macki 2019

8-9-10 aoûtQui Embrouille Qui Festival #3

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