[POP EN STOCK] : EUROSONIC ou comment Groningen est rentré dans mon coeur

Juicy

Petite ville au nord de la Hollande, Groningen accueille chaque année début  janvier le festival Eurosonic Noorderslag – ESNS pour les intimes. 

On parle plus exactement de « showcase » festival car les concerts ont lieu dans les bars et salles de concerts de la ville pendant 4 jours. C’est à la fois cool et chiant quand il fait 0 degré. A l’image du MaMA à Paris, c’est le genre de festival qui programme les artistes émergents avant qu’ils deviennent des super stars. Parmi les success story notoires, les merveilleux anglais de Shame avaient joué dans une salle à moitié vide l’année dernière à Groningen avant de devenir les idoles qu’ils sont aujourd’hui. Pareil pour Angèle (toux sèche).

Nous avons passé 2 jours sur place, Jour 1 et Jour 2, que nous appellerons respectivement Mercredi et Jeudi, avec au programme : des reprises de Diams, des chouffes, des Krokettes, une baston au Mcdo, du dentifrice à 2 € et surtout beaucoup de concerts. Récit au cœur de la jeunesse Hollandaise.

JOUR 1 

15h  – Après 6h30 de trajet me faisant notamment passer par la formidable ville de GOUDA, me voilà arrivé à destination. Il fait nuit, le froid me saisit la gorge et fait couler mon nez. Je sors mon cellulaire et constate qu’Uber n’est pas présent à Groningen. Je vais devoir me débrouiller seul, à l’ancienne. J’indique l’adresse de mon ‘shiphotel’ (comprendre hotel-bateau) sur l’application ‘Plans’ de mon iphone SE. Verdict : 45 min de bus. La tuile.

Arrivé à « destination », aucun hôtel, aucun bateau. Un paysage glacé et désertique. Je suis seul, mon téléphone affiche 6% de batterie et j’ai oublié mes gants dans le bus qui s’éloigne. Je remarque un adolescent de l’autre côté de la route, il mâche un chewing-gum et regarde dans le vide. Je l’interpelle : « Hi boi, do you know where is this hotel ? »* – le kid pige rien mais sort tout de même son téléphone et check l’adresse. Je comprends rapidement que mon hôtel est de l’autre côté de la ville, à côté de la gare. Chienne de vie.

* »Salut garçon, tu sais où se situe cet hôtel ? »

18h – J’arrive enfin à l’hôtel que j’ai fantasmé durant tout le trajet de bus – 1h30 au total pour rappel. J’imaginais une chambre immense dans un magnifique bateau, une baignoire et une multitude de coussins en soie. Je me voyais déjà nu dans les draps de satins, à vider le mini bar et me détendre devant une bonne série en attendant le premier concert de 20h.

Une fois de plus, la dure réalité me rattrape. Il s’agit pas vraiment d’un bateau mais plutôt d’une péniche. Et il s’agit pas vraiment d’une chambre mais plutôt d’un placard. En ouvrant la porte de la salle de bain je m’attendais presque à voir un bidet en guise de douche. Pas de wifi dans la chambre je vais devoir me contenter de la TV et des chaînes hollandaises. J’ouvre le frigo et je trouve une unique bouteille d’eau déjà ouverte qui sent la pisse. Wow.

Il va me falloir une petite sieste pour repartir. A peine le temps de fermer les yeux, mon repos éphémère est interrompu par la vibration d’un téléphone. Putain de merde, c’est même pas la vibration de mon iphone SE. C’est celui de mon voisin de chambre. Les parois sont épaisses comme du papier millimétré. Et moi qui ait mangé mexicain la veille… c’est bien ma veine.

S’en est trop, je me tire récupérer mon pass et me prendre un gueleton.

19h – On m’avait prévenu que la bouffe hollandaise c’était un délire. Je ne prends pas de risque et je rentre dans le premier Mcdo que je trouve. Bic mac – frites – coca et un café pour réchauffer mon petit corps malingre.

Je m’assois seul dans un coin, pénard. Là encore, le destin décide de s’en mêler, et 5 types commencent à s’embrouiller à 3 m de mes frites tièdes. J’évite à tout prix de croiser un regard, avec ma guigne, je vais finir par me faire tirer mon big mac. Je me tourne légèrement sur ma gauche pour me retrouver face à la poubelle qui sera donc ma compagne pour ce diner. Je me surprends même à lui sourire. Pendant ce temps, ça s’insulte en hollandais, ça se cogne gentiment, mais tant que ça m’empêche pas de bouffer, la vie continue. Ce joyeux bordel se termine dehors. Quelques minutes plus tard, je décide de moi-même quitter le restaurant en versant mes déchets dans ma fidèle poubelle.

20h – Le gros problème de ce genre de festival c’est que la programmation est tellement riche et avant-gardiste qu’il est très compliqué d’organiser un planning 100% convaincant. 5 à 6 groupes jouent en même temps aux 4 coins de la ville (qui n’est pas si petite), donc il faut faire des choix, et c’est compliqué, les choix.

J’abandonne donc l’idée de voir Weed & Dolphins, Linn Koch-Emmery et Long Tall Jefferson qui jouent tous en même temps, et je me retrouve dans le grand Theatre pour assister au concert des belges de Phoenician Drive :  6 musiciens qui mélangent rock psyché et influences orientales. Style très en vogue en ce moment (Mauvais Œil ou Johan Papaconstantino pour ne citer qu’eux) il faut bien avouer que ça fonctionne très bien en live, et Phoenician Drive se démarque avec un son bien gras et saturé.

Autre salle, autre ambiance : Molly, duo de rock indé sensible. C’est très aérien, la voix est juste et le batteur vient rajouter un peu de patate en frappant comme un sourd. La salle est malheureusement à moitié vide mais le talent, lui, est bien au rendez-vous. Direction la Californie avec les Irlandais de Frangclub. Un groupe de rock punk 90’s légèrement grunge sur les bords, très en place, cliché mais jouissif. Le temps file, j’enchaine avec The Ills, un bon groupe de post-rock expérimental chelou mais plutôt cool.

Combo parfait pour la fin de soirée : un peu de douceur avec la folk sensible d’Anna Léone, le voguing de Kiddy Smile, et enfin, cerise sur la Krokette (voir recette ci-dessous) le VilleJuif Underground vient réveiller Groningen.

01h – Retour au bateau, il est temps de se reposer, j’aperçois le JOUR 2 qui arrive.

JOUR 2 

9h – Après une nuit de sommeil bien méritée sur mon matelas ‘pultex’ (c’est un peu comme bultex mais pas vraiment), je déguste un généreux petit déjeuner pour faire le plein d’énergie pour cette nouvelle journée qui débute.

14h – Eurosonic ce n’est pas que des concerts, c’est aussi plein de conférences sur des thèmes variés autour la musique, et l’occasion de rencontrer des gens « du milieu », « réseauter » comme disent les jeunes. Au programme de l’après-midi donc, ça serre des paluches, ça se tape dans le dos, ça se tire la queue de rat, ça parle en K€ autour de juteux contrats et de chouffes fraîches.  L’ambiance est très bonne pour un festival orienté plutôt vers les professionnels, c’est sûrement ça que les gens appellent « the Dutch lifestyle ».

L’après-midi passe vite et le programme de la soirée s’annonce dense, on parle aujourd’hui de presque 10 groupes par heure éparpillés dans la ville, d’autant plus que la neige a elle aussi pris son pass et Groningen se transforme en patinoire.

20h – Pour le premier live, nous irons voir les belges de Juicy dans une salle très reculée de la ville. Sûrement la plus grosse claque du festival, les 2 filles ont une énergie folle, et balance un rap/rnb 90’s complètement barré. Et là, le coup de grâce : elles se lancent dans une reprise de « La Boulette » de Diam’s. C’est absolument parfait : les 2 francophones de la salle sont en feu, le reste de l’audience est plus dubitatif, mais qu’importe.

Les étoiles pleins les yeux, je file voir Juniore et son surf rock « à la française ». C’est élégant et parfaitement maîtrisé, le tout avec une pointe de nonchalance tout à fait charmant. Nous découvrons ensuite Kara Marni, diva soul en puissance accompagnée d’une ribambelle de musiciens. La grande classe. On change d’ambiance avec les Irlandais énervés de Fontaines D.C, qui confirment leur statut de grosse promesse rock à venir, non sans rappeler Shame ou Idles qui ont ouvert la voie ces dernières années. On finit la soirée avec Arp Frique & Family, collectif barré qui mélange vibes disco et ambiance caribéenne. Ca réchauffe un peu nos petits corps glacés, et, à 35 degrés près, on a presque l’impression d’être sur une plage à boire de l’eau de coco.

01h – Cette folle journée se termine, et la fin du séjour pointe également le bout de son nez. Le festival va continuer encore 2 jours de plus, avec une programmation toujours plus folle (Rendez-vous, blu Samu et bien d’autres) mais il est temps pour moi de regagner mon Thalys après une dernier nuit dans ma cellule flottante.

Eurosonic est un festival à la saveur particulière, conviviale et chaleureux, comme une bonne raclette un soir d’hiver. Du rap, du rock, de la folk, et de l’électro, tout le monde y trouve son compte et même un peu plus tant il y a de découvertes à faire avec un line up aussi dense et prometteur.

Aucun doute que dans la programmation se cache quelques-uns des futurs grands noms, et comme on a déjà notre petite idée là dessus, on vous a fait une belle playlist pour vous faire gagner du temps et impressionner vos amis dans les diners mondains.

Antoine B.

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