[POP TALK] Louise Verneuil est une héroïne des temps modernes

Elle a un nom d’ héroïne de Flaubert et rêve des seventies

Si son nom vous est encore étranger, il ne le sera plus pour longtemps. Autodidacte déterminée Louise Verneuil a laissé le temps au temps et le travail en studio à son envie dévorante de jouer, d’écrire et de chanter. Elle a sorti en décembre dernier « Nicotine », une ballade vénéneuse et rauque à la sensualité dangereuse et poétique, de bien bel augure pour un album prévu cette année. On l’a rencontré dans Paris, un gilet carotte poilu chiné à Londres sur le dos, un café crème sur la table.

 La musique c’est depuis toujours ?
Ca fait partie de ma vie depuis toujours, oui. Mes parents sont d’origine méditerranéenne et c’était habituel que tous les dîners de famille finissent avec des guitares et des chants. J’ai été élevée là-dedans : mon père est guitariste autodidacte, ma mère chantait tout le temps, alors la culture de la musique ça a été automatique. J’ai appris la guitare en regardant mon père et le piano en observant ma sœur jouer, jusqu’à ce que la prof dise que ça serait bien que j’en fasse aussi, parce que j’avais l’oreille musicale. Je n’ai pas suivi de cursus et c’est super parce que, comme ça, la musique reste un jeu.

Louise Verneuil, c’est un pseudonyme, c’est qui alors, cette Louise ?
Louise, c’est le prénom de toutes les femmes qui ont comptées dans ma famille et dans ma vie. D’une manière générale, les femmes ont bercé ma vie. Cet avatar me permet d’arriver sur scène avec la force de toutes ces Louise, toutes ces muses, ces femmes inspirantes, ça me donne des ailes. Verneuil, c’est pareil, c’est ma mère qui met le CD de Gainsbourg dans la chaîne hi-fi quand j’ai 7 ans et qui me fait halluciner. Tout ça me donne une force incroyable.

Comment s’est déroulé ton expérience de musicienne ?
Quand j’ai commencé j’étais interprète, je chantais les chansons des autres, et j’avais du mal à chanter des choses qui ne me touchaient pas. Mais, pour moi, c’était prétentieux de se proclamer auteur compositeur, et j’avais peur de mal faire ou d’être jugée, je n’osais pas et c’est très difficile de s’épanouir comme ça. Un ami musicien m’a proposé des chansons écrites par d’autres et vraiment je ne m’y retrouvais pas du tout, je les ai toutes refusées et fini par me rendre compte qu’il y avait un problème… et qu’il venait de moi. Il m’a demandé si j’écrivais, je lui ai envoyé mes textes et il m’a encouragée à les chanter. Il m’a donné la légitimité d’être auteur. Aujourd’hui je monte sur scène comme auteur-compositeur-interprète et c’est une immense fierté.

Tu écris, pour toi et pour d’autres, et tu composes. C’est quoi ton moment préféré dans le processus de création ?
J’avais déjà commencé à être auteur pour d’autres quand, un jour, on m’a envoyé une compo en me demandant d’écrire les paroles. J’ai adoré faire les choses dans ce sens-là. J’ai une écriture très cinématographique, je raconte toujours des choses. J’écris tout le temps et puis j’y reviens une fois que ma chanson est composée pour y piquer des idées. La composition, j’y suis venue tard, il m’a fallu prendre du temps et confiance en moi pour prendre ma guitare et réaliser qu’on n’était jamais mieux servi que par soi-même.

Tes idoles sont des icônes des années 70, tu as le sentiment d’être née dans la mauvaise époque ?
Disons que j’aurais voulu fréquenter ce milieu-là dans les années 70, mais de la même manière que j’aurais aimé connaître les années 30 par exemple. Après chaque révolution découle une grande liberté, j’espère qu’avec ce qu’il se passe en ce moment on va y accéder, nous aussi. Ça fait un an et demi ans que je suis en studio avec mon producteur Samy Osta et on a travaillé dans une grande liberté, alors je ne me suis jamais sentie dans la mauvaise époque. Les influences des années 60 et 70 sont là, c’est sûr, mais j’adore la modernité et y injecter mes propres références, culturelles ou personnelles, peu importe l’époque.

« Nicotine », c’est qui ?
C’est une relation toxique : tu y retournes et ça t’empoisonne encore plus. Ca parle d’un pervers narcissique que j’ai eu dans ma vie, peut-être qu’il se reconnaîtra (rires).

« Je suis pas prête à vendre mon âme au diable et à devenir un produit comme il y en a tant »

 Qu’est-ce qui, selon toi, fait le succès d’un artiste aujourd’hui ?
L’authenticité, c’est ce qui triomphe toujours. C’est ce qui fait que tu peux écouter ce que tu as fait dix ou quinze ans après en te regardant dans la glace. Je suis pas prête à vendre mon âme au diable et à devenir un produit comme il y en a tant. Un an et demi de studio c’est très long, c’est beaucoup de galères et de loyers impayés, mais c’est faire ce que tu aimes, comme tu l’aimes, avec ceux que tu aimes, et je me dis que je me suis respectée jusqu’au bout. C’est ce qui fait de moi une artiste à part entière.
Et puis, il y a aussi l’intemporalité : à partir du moment où tu cherches à correspondre à une tendance, tu es déjà has been. Ca va de pair avec l’authenticité.

Avec qui tu aimerais collaborer ?
J’aimerais bien écrire pour Vanessa Paradis, faire un duo sur scène avec Juliette Armanet, ou partir au Québec et rencontrer Charlotte Cardin. A la base, le premier album je voulais le faire avec des anglais parce que j’adore leur façon de travailler, ça marche par accidents. J’ai finalement trouvé cet état d’esprit avec Samy Osta. J’ai pas ce côté « fan », alors pour moi une collaboration intéressante ça serait surtout avec des producteurs, ou avec des meufs, j’aime bien bosser avec des meufs !

Talk et photo Agathe R.

 

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