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Festivals d’été, le bilan, pas si calmement

Calme plat un samedi à Rock en Seine, Beauregard blindé, carton plein pour We Love Green, ça bouge ça change et ça en dit long.

Si un festival est loin d’être un projet facile à monter, à faire exister et surtout faire durer, à l’instar de l’avorté Pyramid de Gonzai ou du déjà établi Midi Festival, la France ne se démonte pas et compte désormais autour de 1500 événements pleins de bières et de franges, de headbands et de petits vomis près des arbres.
Il ne vous aura pas échappé que le paysage a pas mal évolué, ou s’est en tous cas transformé ces dernières années, et pour cause : les petits festivals entre deux bottes de foins/rochers pullulent quand les mastodontes se font la guerre ou, à l’image du Hellfest, tirent leur épingle du jeu en choisissant l’indépendance risquée mais totale. On a ratissé large pour essayer d’en faire le tour.

Mini festoches et programmation lassante

Si le format « taille humaine » séduit de plus en plus, comme Cabourg Mon Amour et autre Baleapop et Vie Sauvage, force est de constater la pesanteur des programmations pour la plupart d’entre eux. Les mêmes, en boucle, partout tout le temps. La nouvelle vague ok (quoique) la nausée surtout. Voici un palmarès d’avril à septembre :

Eddy de Pretto : 32 festivals, (dont 7 à l’étranger)
Bigflo & Oli : 25 festivals
Thérapie taxi : 24 (dont 4 à l’étranger)
Charlotte Gainsbourg 23 (dont 13 à l’étranger)
Angèle : 21 (dont 6 à l’étranger)
Orelsan 21 : (dont 3 à l’étranger)
Juliette Armanet : 14 (dont 1 à l’ étranger)

On remarque toutefois la progression géniale des festivals dits « boutiques », comme Pete the Monkey, Transfer, Transmusicales ou la Route du Rock qui garantissent une programmation précise, une ADN respectée, à l’inverse des très gros qui s’enfoncent dans du généraliste, mainstream, qui vend quoi.

 

Les mastodontes industriels

En face des événements plus artisanaux, des géants comme Vivendi ou TF1 se sont emparés d’une partie du marché du live et donc des festivals. Et puis il y a eu l’arrivée de mastodontes version américaine : Live Nation (Lollapalooza) et AEG (Rock en Seine).
On a pu discuter de cette transformation du marché avec Matthias Leullier, impliqué dans Rock en Seine à l’époque de Nous Productions et devenu directeur adjoint de live de Live Nation France.
Pour lui, l’industrialisation du secteur du live et des festivals est comparable à ce qui se passe dans celui du disque qui connaît une scission forte entre major et labels indé : la guerre existe entre les gros groupes / gros festivals mais elle n’empièterait pas sur le tissu plus niche et indépendant des petits festivals de province : «Aujourd’hui, la concurrence est européenne, c’est à qui sera le plus gros, la surenchère est de mise et l’inflation des cachets d’artistes suit naturellement». Le but est donc de vendre le plus de tickets possible, quitte à devenir un festival généraliste, à l’image de Rock en Seine, dont on peut d’ailleurs se demander s’il porte encore bien son nom (AEG n’a pas répondu à nos appels).

Mais, rappelle Matthias, «We Love Green comme Solidays ont battu leur record de fréquentation cette année », il faut donc croire que le généralisme paye. Il est d’ailleurs assez optimiste pour les années à venir puisqu’il voit une montée en puissance des festivals boutiques type Pete the Monkey, des initiatives de niches qui vont continuer à exister et une guerre entre les gros généralistes qui impliquera une nécessaire redistribution des cartes sur le moyen terme. Ce phénomène-là pause la question de la raison même de la création d’un festival : amour de l’art ou appât du gain, l’argent ou la passion ?

Cependant, le plus difficile pour un festival de cette envergure reste le choix du site : «On monte un festival sur une expérience, pas sur une affiche » explique Matthias. Et ça, le Hellfest l’a bien compris.

 

Le résistant Hellfest

Si le plus gros festival de France en nombre de festivaliers est toujours Les Vieilles Charrues, le Hellfest est bien celui qui fait le plus de bénéfices. Et pour cause : c’est le seul festival de l’hexagone qui affiche complet avant l’annonce de sa programmation.
La recette ? Une programmation à rallonge, des attractions de haut vol, beaucoup BEAUCOUP de bière, et un pass à 200€ qui en fait le festival le plus onéreux. Cette année c’étaient 200 000 festivaliers, 159 groupes, 392 500 litres de bières, 450 media… le tout quasi sans subvention (20k), comme des grands. Dans une interview à Sud Ouest, Ben Barbaud explique la recette de cette fidélité sans faille : “Plus de 15 millions d’euros ont été investis ces dernières années pour la construction du site. Cela va de la construction de routes à l’installation de la fibre internet ou la mise en place de pipelines de bière pour alimenter tous les bars. Tous ces travaux visent à améliorer l’accueil du public et c’est ce qui, je pense, contribue à fidéliser le public”. Moralité, un festival plus que plein, des métaleux et des curieux ravis, et un chiffre d’affaire de plus de 23M d’euros, tout ça contre les cathos en colère du coin. Chapeau Satan.

Finalement, il semble que tout ce petit monde puisse cohabiter, proposer de nouvelles formules, se battre pour rester, reste au spectateur à bien étudier la liste infinie qu’on lui propose pour animer son été.

Agathe est sur Instagram @ag_rou
Photo @benoitrenaux