Plaire, aimer et courir vite : Cueillir l’amour avant qu’il ne se fane.

On a vu Plaire, aimer et courir vite le dernier film de Christophe Honoré en compétition cette semaine au Festival de Cannes.

Il était facile d’avoir peur pour Honoré cette année.
La représentation du sida, fléau d’envergure des années 90 était un sujet qui avait déjà eu le droit à sa récompense l’année dernière pour 120 battements par minute de Robin Campillo.
Si ce dernier se concentre sur un aspect plus général avec le mouvement Act Up-Paris, Plaire aimer et courir vite est un portrait central, sentimental et romanesque d’un couple : celui de Pierre Deladonchamps et Vincent Lacoste.

Pierre est Jacques, un écrivain trentenaire, naturellement Parisien, père d’un petit ‘’Loulou’’ et est atteint du sida.
Vincent est Arthur, jeune étudiant rennais, naviguant à travers la légèreté de la vie souhaitant larguer les amarres vers de nouvelles aventures charnelles.

Le dernier film de Christophe Honoré est une course de 2h30 où les virages sont à la fois légers et graves mais sans jamais tomber dans le pathos.
Oui le sida est là, nous sommes sur le sol parisien des années 90, il court les rues, ratisse les territoires homosexuels, transforme le visage de ceux qu’on aime en un regard livide sans envie. Oui c’est féroce, destructeur, mais est-ce vraiment la raison pour succomber ? Qu’en est-il de notre fougue ?

« On n’est pas sérieux quand on a 17 ans », dit le poème de Rimbaud. Pourquoi seulement 17ans ?
Arthur, lui a 24 ans, il brûle les étapes de sa vie sans jamais faire jaillir les flammes, jouit d’une existence qui ne doit jamais être trop sérieuse tout en gardant le rêve de devenir réalisateur.
Symbole de l’insouciance, il n’arrive pas à comprendre pourquoi on doit toujours se fatiguer à trouver une signification dans les relations.
Pour lui, les choses sont telles qu’elles sont et l’amour est une force qui se doit d’être consumée sans avoir à se questionner sur sa fin.
Jacques, plus vieux, plus docile, plus sage, se repose sur sa maladie qui progresse, laissant le temps l’attraper par la gorge, l’interdisant d’imaginer un engagement.
Deux personnages au rythme contradictoire qui apprennent à bouger ensemble : « tu sais qu’on pourrait se faire une belle vie tous les deux » lui murmure Arthur, « Tu tombes mal, je ne peux pas me permettre une dernière romance » rétorque Jacques.

Mais si les deux apprennent à faire des concessions (car c’est un peu ça le couple, apprendre à vivre avec l’autre) l’équilibre des deux protagonistes chavire.
C’est sans compter sur l’aide de Denis Podalydès (un rôle merveilleux pour un acteur de sa trempe) pour adoucir les mœurs de l’un et de l’autre.
Un film qui ne laisse pas la place pour de grands rôles féminins, pas cette fois, le dernier Honoré se focalise sur une jeunesse masculine sacrifiée.

On est toujours tenté de définir le dernier film d’un réalisateur comme son plus abouti. Ici c’est le cas.
Christophe Honoré nous livre un film littéraire bourré d’anecdotes qui ont dû nourrir le jeune réalisateur : François Truffaul, Bernard Koltès, Robert Xilson…
Un pari majeur dans l’industrie cinématographique qui peine à remplir ses salles quand il s’agit d’un film d’auteur.

Un long métrage sans pudeur, où la mise en scène donne aux personnages l’occasion de s’exprimer, se séduire, s’apprivoiser.
Plaire, Aimer et Courir vite est une chronique sentimentale qui oscille entre espoir et fatalité entre premier et dernier amour.
Une fin qui (à mon avis) n’est pas peut-être pas à la hauteur du film, une échappatoire facile qui bâcle l’égoïsme de Jacques sans surprise.
Mais comme le dit si bien Vincent Lacoste dans la scène de rencontre :
’ La vie est plus étonnante que les films. ‘’

Matteo Veca

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