Pourquoi la langue française n’aime pas les femmes ?

Notre langage cadre nos schémas de pensée, il est le seul moyen de mettre en ordre nos idées, nos réflexions et de les communiquer.

En cela, la langue est normative : elle produit des normes, des standards, des représentations sociales. Et si la langue est misogyne, comment peut-t-on créer une société égalitaire ?

L’exemple le plus simple est aussi l’un des plus édifiants : « le genre masculin l’emporte sur le féminin ». Le masculin est qualifié de neutre et « domine » le féminin. Il l’annihile dès qu’il est présent. Par exemple, si deux femmes et un homme se rendent dans un restaurant, on dira « ils rentrent dans ce restaurant». Les femmes donc, brillent par leur absence. Dans le même genre, la « Déclaration des Droits de l’Homme » ne pourrait-elle pas se renommer « Déclaration des Droits de l’humain » (ou de l’être humain) ?

Pourquoi le genre masculin annulerait-il le féminin ?
On pourrait mettre ça sur le dos d’une règle ancestrale qui ne serait pas intentionnellement sexiste, mais cette règle n’est ni ancienne ni arbitraire. Elle a été édictée en 1651 par l’Académie Française et plus particulièrement par le grammairien Scipion Dupleix, « conseiller du Roi » qui la justifiait de la façon suivante : « Parce que le genre masculin est le plus noble, il prévaut seul contre deux ou plusieurs féminins ». Que quelqu’un ose encore parler de légitimité linguistique et non pas d’idéologie misogyne après ça. Dans la même lignée d’intelligence, Aristote disait des femmes « la femelle est femelle en vertu d’un certain manque de qualités ». Ah?  Pour le kiffe je vous propose également une petite citation de Pythagore (celui qui vous a bien sôulé en 4ème) « il y a un principe bon qui a créé l’ordre, la lumière et l’homme et un principe mauvais qui a créé le chaos, les ténèbres et la femme ». Des mecs charmants, en somme, et des hommes à la base de nos réflexions philosophiques occidentales…

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Bref, revenons à notre règle : ne peut-t-on pas cesser de l’appliquer et remettre en pratique l’ancienne règle de proximité (amis latinistes vous voyez de quoi je parle) ? Il suffit d’accorder avec le sujet le plus proche : « les hommes et les femmes sont venues ». Une règle qui paraît d’ailleurs plus simple.
Mais allons plus loin, ne pourrait-on pas féminiser des métiers sans que cela ne paraisse ridicule pour certain.e.s ? Cheffe, auteure/autrice/auteuse (toutes grammaticalement correctes), une professeure, une chercheuse, une doctoresse. Si je vous dis par exemple : « l’écrivain revient cette année avec un nouveau roman », il est probable que vous imaginiez un homme, alors que l’écrivain en question est Virginie Despentes. En féminisant les métiers, on rend simplement les femmes plus présentes dans notre imaginaire et dans le monde social.

Si vos yeux ou vos oreilles ont quelques problèmes avec ces mots, ne vous en faites pas, la langue a toujours évolué et évoluera, avec ou sans vous.
Si vous pensez que les combats sont ailleurs, ne vous en faites pas non plus, il n’y a aucune compétition dans les revendications sociales, il est au contraire nécéssaire de travailler sur plusieurs fronts à la fois.

Le pouvoir du langage sur notre pensée, nos représentations et nos manières de nous percevoir, est considérable. Le langage permet de concevoir la réalité : on peut donner l’exemple de la cinquantaine de mots qu’utilisent les Inuits pour désigner la neige. Si les Inuits ont des dizaines de mots pour catégoriser plusieurs types de neige c’est qu’ils distinguent bien plus de nuances que nous et donc que leur réalité est cadrée différemment. On peut également parler du fait que certaines langues distinguent plus ou moins de couleurs (les italiens distinguent le bleu clair du bleu foncé : « azzuro » et « blu » ; pour les gallois le mot « glas » désignent des nuances de bleu au vert). Si nous avons les mêmes yeux, nous n’avons pas la même façon de percevoir et d’analyser la réalité.

Il n’est donc pas naturel que les femmes soient moins présentes dans la langue française alors qu’elles représentent, à peu de chose près, 50% de l’humanité.

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