POP CORN : Arnaud Desplechin

Arnaud Desplechin est l’excellence française quand il s’agit d’insuffler du romanesque au cinéma.

Fils de la FEMIS, ce mélancolique dédie son cinéma aux sentiments, aux rencontres et à la normalité comme idéal de beauté avec généralement comme décor, la ville qui l’a vu naître : Roubaix.

Desplechin, au fil de ses neuf longs-métrages, tisse une œuvre extrêmement cohérente où ses personnages reviennent à chaque histoire : parfois en avant, parfois derrière la scène.
Tout est affaire de croisements : on rencontre Esther dans Comment je me suis disputé… (ma vie sexuelle), que l’on retrouve dans Trois Souvenirs 2014, mais aussi  avec Esther Khan.
On peut aussi présenter Abel que l’on voit dans Rois et Reines 2004, Un conte de Noël 2008 et Trois souvenirs de ma jeunesse 2015.

« C’est un truc qui m’est venu avec l’âge et que j’ai piqué à Bergman, ils s’appellent toujours un peu pareil dans les films de Bergman, c’est une idée un peu modeste ; me dire : j’ai quelques déguisements, j’ai une malle, une douzaine d’accessoires, six ou sept costumes, un peu plus de masques et avec ça on essaie de fabriquer des nouveaux personnages. Ce n’est ne pas prétendre que je suis capable de tout décrire mais se dire je n’ai que ça, et avec ça j’essaie d’inventer un nouveau théâtre à chaque fois ».

Parlons maintenant de Paul Dédalus, le protagoniste principal de l’odyssée Desplechiene qui incarne pour beaucoup de « cinéphiles », le personnage qui a marqué le cinéma français des années 90.
La première fois que le spectateur rencontre Paul Dédalus, c’est dans Comment je me suis disputé… (ma vie sexuelle), sous les traits d’un trentenaire parisien, normalien et maître-assistant en philosophie incarné par Mathieu Amalric (César du meilleur espoir 1997 ).
Dans sa vie, Paul partage un amour complexe avec Esther (Emmanuelle Devos) il ne l’aime plus, il jette des regards courtois à une autre fille qui s’avère être la copine de son meilleur ami et pour couronner le tout, il n’arrive pas à finir sa thèse. Dans ce tourbillon, les problèmes existentiels de Paul deviennent captivants presque touchants.

On retrouvera le nom de Paul Dédalus ensuite en 2008 dans Un Conte de Noël. Il est cette fois interprété par Émile Berling en neveu de Mathieu Amalric qui lui jour encore un autre personnage.
Cette version de Paul est un adolescent, dont la jeunesse est tiraillée par les querelles de sa famille en crise : Catherine Deneuve, Melvil Poupaud, Anne Consigny et Jean-Paul Roussillon.

Cette jeune version de Dédalus n’incarne pas l’enfance du personnage de Comment je me suis disputé… (ma vie sexuelle) mais une projection d’Arnaud Desplechin en second plan qui regarde et scrute ses acteurs.

Car la vraie jeunesse de Paul Dédalus est relatée dans Trois Souvenirs de ma Jeunesse.
On voit comment Esther et Paul se sont rencontrés avant de se déchirer dans Comment je me suis disputé.
Ce film est la consécration de Desplechin. On retrouve enfin Amalric dans le rôle de Paul : le film s’ouvre sur lui, il est au Tadjikistan et doit rentrer en France. S’enchaînent alors ces « souvenirs de [sa] jeunesse », Amalric s’efface pour laisser Quentin Dolmaire revêtir le rôle de Paul Dédalus jeune.
La vie rentre en ébullition, on revoit Esther pour la première fois qui peine à tomber amoureuse de Paul, mais ça fait déjà 18 ans qu’on le sait, ces deux-là sont faits pour être ensemble.
De ce fait, Trois souvenirs de ma Jeunesse est aussi, en creux, un film qui regarde le cinéma pour ce qu’il est : un art du souvenir, d’enregistrement du passé et de ses fantômes.
Le film remportera le César du meilleur réalisateur.

L’année dernière, en guise d’ouverture du 70ème festival de Cannes sortait : Les Fantômes d’Ismaël dernier long-métrage d’Arnaud Desplechin, nouvelle brique à son cinéma et qui évoque les méandres d’un passé qui ressurgit à certains moments de nos vies.
On s’attendait à revoir Mathieu Amalric reprendre son personnage de Paul Dédalus… mais non, Desplechin s’amuse encore à semer le doute. Mathieu est Ismaël (un personnage qu’il a déjà joué dans Rois et Reines) et vit avec Sylvia (Charlotte Gainsbourg). Il est plongé dans l’écriture d’un film quand soudain fait irruption dans sa vie un amour ancien qu’il croyait mort (Marion Cotillard).
Parallèlement, on suit les aventures d’un diplomate espion joué par Louis Garrel dont le nom est…Paul Dédalus…
Mais ça, c’est une autre histoire.

Matteo est sur Instagram @matteoveca

 

En poursuivant votre navigation, vous autorisez l'utilisation de cookies pour vous permettre une meilleure expérience et réaliser des statistiques de visite. En savoir plus