[ITW] Louise Vignaud, metteure en scène surdouée

A à peine 30 ans, la parisienne monte Phèdre à la Comédie Française. Retour sur un parcours hors norme.

Louise Vignaud née en août 1988 de parents architectes et grandit rue Mazarine, dans l’appartement où Champollion découvrit le sens des hiéroglyphes. L’histoire commence bien.
Louise Vignaud est brillante, passe par la prépa littéraire de Louis le Grand lycée où elle monte une pièce par an de la seconde à la khâgne, comme Jean-Pierre Vincent et Patrice Chereau (son idole de toujours) avant elle. Étudiante à l’École Normale Supérieure de la rue d’Ulm, elle écrit son Master d’Études Théâtrales et sera ensuite admise à l’ENSATT, en mise en scène -formation qui ne compte que très peu de newbies par concours.
Elle quitte alors son Paris natal, ses parents et sa soeur adorée, Irène, dont le chemin se passe pas mal non plus puisqu’elle signe le décor de la prochaine mise en scène de son aînée. Oui, parce qu’après avoir monté sa compagnie en 2014, pris la direction du théâtre des Clochard Célestes de Lyon en 2017, monté Calderón, Pasolini, Koltès ou Feydeau et assisté des pointures (Richard Brunel, Christian Schiaretti, Claudia Stavisky, Michel Raskine, Michael Delaunoy), Louise Vignaud monte Phèdre dans le temple sacré du théâtre français.

Rencontre avec cette surdouée passionnée.


Louise aux côtés de Claude Mathieu / Photo Christophe Raynaud de Lage

A l’heure de l’obsession générale pour le contenu vidéo, faire du théâtre c’est faire de la résistance ?

Je parlerais plus de nécessité. C’est un endroit où des hommes viennent partager avec d’autres hommes une expérience en direct, un texte, une performance, un poème. C’est un endroit privilégié, comme tout spectacle vivant, de rencontre avec plus grand, plus beau que soi. Nécessité de la confrontation réelle avec l’autre, avec le monde.

A trente ans tu as déjà de belles mise en scène à ton actif et tu es directrice d’un théâtre, c’est quoi la suite ?

Continuer !!!! Pour moi ce n’est que le début. La suite, c’est de réussir à continuer à faire du théâtre, à vivre de ce métier, à faire d’autres mises en scènes, pour sonder ce langage, pour se laisser surprendre, pour explorer. Pour ce qui est du Théâtre des Clochards Célestes, c’est aussi une première expérience de vie dans un lieu, de contact réel avec le public, un quartier, des artistes.

Phèdre c’est un rêve ?

Oui ! ça fait cinq ans que j’ai découvert cette pièce et que je veux la travailler ! ça a été comme une bombe, le texte de Sénèque est dense, âpre, rapide. La traduction de Florence Dupont est très moderne. On a dans les mains un objet hydrique, un antique contemporain ! Les êtres qui sont dedans sont tous perdus face à des destins qu’ils exècrent, trop jeunes pour mourir, mais trop jeunes aussi pour accepter de s’enfermer dans une tombe. Phèdre, c’est le rêve d’un cri !!


Jennifer Decker et Nâzim Boudjenah / Photo Christophe Raynaud de Lage

La Comédie Française, une consécration ? 

Oh non ! Enfin c’est génial, oui, parce que c’est travailler dans une maison magnifique, avec une troupe d’acteurs grandioses, avec des gens qui défendent l’art du théâtre dans tous ses métiers. C’est un cadeau d’y être invitée. Après, consécration voudrait dire que je ne peux plus rien faire après… ça me ferait peur. J’ai l’impression que c’est plutôt un immense cadeau.

Travailler en famille ça se passe comment ?

C’est génial !!! Déjà parce que ma soeur est très douée et aussi parce qu’on a le même terreau, on se comprend tout de suite, on s’accorde, on cherche ensemble la même chose, on se répond : elle en me proposant un « décor », moi en y mettant « des corps » (mauvais jeu de mots!). On est aussi capable de se dire « non » sans que ce soit pris personnellement ! On parle d’art ensemble, et de théâtre.

Les femmes metteur en scène sont moins mises en avant que les hommes, c’est une position compliquée pour une femme ?

On avance quand même… Je trouve que les mentalités changent. C’est quand même un sacré combat, je pense que j’aurais moins à faire mes preuves en tant que garçon, mais en vrai, au plus profond de moi, je ne comprends pas pourquoi ! Le plus compliqué je crois, c’est la manière dont on reçoit les choses. En tant que jeune femme, je crois que j’ai une certaine façon de lire les pièces, de plonger dans les textes, d’entendre les mots. J’essaie de comprendre les rapports, de pouvoir, de force, je propose une autre lecture des rôles féminins, comme Célimène (une femme libre et non simplement une coquette), Arsinoé (une politique plutôt qu’une vieille aigrie), Phèdre (une femme de 30 ans qui rugit pour sa liberté plutôt qu’une marâtre en rut). Et là, on voit que les mentalités ont du chemin à faire, hommes et femmes…!

Louise Vignaud présentera en mai 2018 Le Quai de Ouistreham adapté du roman de Florence Aubenas, au théâtre des Clochards Célestes.

Agathe est sur Instagram @ag_rou

 

 

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