[Portrait] Nina, corps céleste

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Qui est Nina, astrophysicienne devenue contorsionniste?

Vous vous êtes déjà demandé de quoi étaient faites les étoiles? Ou ce qui rendait le ciel si différent la nuit? Ces questions ont longtemps taraudées Nina. Elle grandit en Belgique en bonne élève et ado singulière, comme en longue crise. Elle quitte un cocon familial éclaté pour suivre son rêve de plus près : elle part à Londres et étudie l’astrophysique jusqu’au doctorat. Depuis les corps célestes elle revient fatalement au sien, souffrant depuis des années des mauvaises habitudes de l’anorexie. Il était temps pour elle de s’en occuper, d’en prendre soin et c’est la contorsion et le cirque qui lui en ont donné les moyens.
Elle peut aujourd’hui se plier dans tous les sens possible, recréant du lien avec son corps comme elle l’a fait avec les étoiles.

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Qui es-tu?

Je m’appelle Nina, j’ai 28 ans et je suis artiste de cirque contorsionniste.

Tu étudiais l’astrophysique, tu leur trouves quoi, aux astres?

Les étoiles, c’est fascinant. Quand je les regarde je suis aspirée dans l’immensité de l’espace, dans ce vide inconnu qui amène mille et une questions mais qui fait rêver… A vrai dire, elles me passionnent depuis que j’ai 6 ans, et j’ai toujours su que je voulais en faire mon métier. Aller dans l’espace c’était et c’est toujours mon rêve ! Contrairement à mes ami(e)s de lycée je ne me suis jamais posée de questions quant à mon orientation. Étoiles = bac S, master physique, doctorat astrophysique. Et c’est vrai, j’ai adoré mes études : j’avais l’impression de comprendre le fonctionnement de notre univers de plus en plus. Et la compréhension de certaines choses amène au questionnement de beaucoup d’autres. La recherche, c’est un cercle sans fin si je puis dire : pour 99% de frustration il y a 1% de bonheur quand on trouve la solution à un problème. Mais c’est une vraie stimulation intellectuelle et cela demande un investissement personnel complet. C’est pourquoi à un moment donné j’ai dû choisir entre le cirque et la recherche.

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Tu es passée de l’astrophysique à la contorsion, quel(s) lien(s) pourrais-tu établir entre ces deux disciplines?

La recherche, tout comme la contorsion, demande un investissement personnel à 100%. Et comme personne, je ne fais jamais les choses à moitié. Je vais toujours au bout des choses quitte à aller jusqu’aux extrêmes. Quand j’étais à l’université et que je faisais mon doctorat, je bossais 7j/7 et pouvais rester plus de 12h dans le labo. Je n’ai jamais compté mes heures, j’ai toujours été guidée par ma passion.. La contorsion c’est une autre passion et c’est pareil, je m’entraîne tous les jours sans exception..c’est devenu un peu une drogue. Une “douce” addiction: quand je me réveille, j’ai besoin de faire mes étirements. Alors seulement je suis alerte ! Et je ne me contente jamais de mes acquis, j’ai toujours cette envie d’aller plus loin, de pouvoir faire de nouvelles figures. L’exploration de son corps est sans fin je t’assure !

Dans les deux cas, il est certainement question de “corps”, quel rapport entretiens-tu avec le tien?

Ha ! Tu me poses là une bonne question. Je pense que je n’ai jamais eu un rapport très “sain” avec mon propre corps. Et je l’ai pas mal malmené étant ado. J’aime le contrôle, j’ai toujours voulu être maîtresse de mon corps. Aujourd’hui j’ai appris à prendre soin de lui et d’être à son écoute. Car le sport à haut niveau c’est aussi cela : comprendre, écouter et respecter son corps. D’autant plus que quand on est adulte et qu’on se blesse par exemple, on ne récupère pas aussi vite et de la même façon que lorsqu’on est gamin.

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Utiliser son corps comme outil de travail est-il une façon de te réconcilier avec lui?

Oui, je suppose. Vois-tu, étant ado j’ai souffert d’anorexie et malmener mon corps était ma façon de me punir ou d’ “intérioriser” ma souffrance. Plus tard, j’ai compris que cela ne servait qu’à accentuer et faire perdurer la douleur. Aujourd’hui je “vénère” mon corps. Après de grosses séances d’entraînement, j’aime prendre de grands bains plein de mousse, me masser avec de l’huile d’arnica.. en gros me cocooner et plus tu prends soin de ton corps plus il te le rend bien !

Le choix de la contorsion est-il donc un moyen de sublimer ce corps un temps malmené? De donner à voir autre chose que la maladie?

Oui, peut-être. Je ne l’ai jamais vraiment envisagé comme ça mais inconsciemment c’est possible. Mais je dirais plutôt que c’est ce qui m’a sauvé et ce qui m’aide encore à surmonter les épreuves difficiles de la vie: la perte de mon frère, la maladie de ma mère… C’est une forme de thérapie.

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Si tu avais droit à trois voeux, quels seraient-ils?

D’emblée, aller dans l’espace! Ensuite, performer devant un public de milliers de personnes et enfin voir la satisfaction et le bonheur dans les yeux de mon frère (qui, je l’espère, m’observe de là-haut) et de ma mère (qui est dans son monde à elle)…

Là, comme ça tout de suite, un livre/texte, une chanson et un film qui te tiennent à coeur?

Sans hésitation Belle du Seigneur d’Albert Cohen (d’où mon amour pour les bains!), Every little thing she does is magic de Sting et enfin 2001: L’odyssée de l’espace de Stanley Kubrick qui a émoustillé ma curiosité étant gamine!

 

Photographies par Agathe Rousselle – Make Up par Gilly Tosello
Agathe est sur Instagram @ag_rou

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